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Noël 1886 : la double conversion

Jean-Baptiste Noé - publié le 18/12/15
Ce sont des événements qui passent inaperçus et dont on ne se rend compte que plusieurs années après de l’importance qu’ils ont eue dans l’Histoire d’un pays.

Noël 1886, un Noël de plus et un Noël ordinaire sauf que, ce jour-là, se convertissent une enfant et un jeune homme dont l’avenir est primordial pour le christianisme en France et dans le monde. Thérèse Martin a 13 ans, Paul Claudel 18. Ils ont des parcours et des vies déjà différents mais connaissent tous deux, ce soir de Noël, une rencontre décisive avec le Christ.

"La nuit bénie de ma conversion"

C’est un peu forcée par son père et ses sœurs que Thérèse se rend à la messe de minuit cette année-là. Le cœur n’y est pas, elle s’attache davantage aux aspérités matérielles, les cadeaux, la fête, qu’à la dimension spirituelle de l’événement. Elle ouvre ses cadeaux nerveusement, et découvre soudain la grâce du Christ qui l’enveloppe. Laissons parler ses carnets spirituels :

Le pilier des vêpres de Notre-Dame

Tout autre est la conversion de Paul Claudel, bien qu’elle ait suivie des chemins similaires. Il l’a racontée à plusieurs reprises et a su mettre en poème cette rencontre décisive avec Dieu. Il est plus loin de la foi, plus éloigné du Christ, mais il se rend à Notre-Dame pour écouter les vêpres, et s’adosse à un pilier près de l’autel, sur le côté droit. Une plaque en rappelle aujourd'hui l’événement.

Dans les deux événements, la soudaineté inattendue. Dans les deux, une rencontre décisive avec Dieu, et une vie toute tournée vers Lui. Thérèse Martin comme carmélite, Paul Claudel comme écrivain, amenant la littérature chrétienne du XXe siècle vers les sommets. Quinze ans plus tard, Claudel est consul à Prague. Un nouveau Noël arrive, avec la neige et la figure de l’Enfant Jésus de Prague qui le fascine. L’homme de la révélation ineffable de Dieu offre au tout jeune enfant les talents de son génie poétique :

Il neige

Le grand monde est mort sans doute. C’est décembre.
Mais qu’il fait bon, mon Dieu, dans la petite chambre !
La cheminée emplie de charbons rougeoyants
Colore le plafond d’un reflet somnolent,
Et l’on n’entend que l’eau qui bout à petit bruit.

Là-haut sur l’étagère, au-dessus des deux lits,
Sous son globe de verre, couronne en tête,
L’une des mains tenant le monde, l’autre prête
À couvrir ces petits qui se confient à elle,
Tout aimable dans sa grande robe solennelle
Et magnifique sous cet énorme chapeau jaune,
L’Enfant Jésus de Prague règne et trône.

Il est tout seul devant le foyer qui l’éclaire
Comme l’hostie cachée au fond du sanctuaire,
L’Enfant-Dieu jusqu’au jour garde ses petits frères.
Inentendue comme le souffle qui s’exhale,
L’existence éternelle emplit la chambre, égale
À toutes ces pauvres choses innocentes et naïves !

Quand il est avec nous, nul mal ne nous arrive.
On peut dormir, Jésus, notre frère, est ici.
Il est à nous, et toutes ces bonnes choses aussi :
La poupée merveilleuse, et le cheval de bois,
Et le mouton sont là, dans ce coin tous les trois.

Et nous dormons, mais toutes ces bonnes choses sont à nous !
Les rideaux sont tirés... Là-bas, on ne sait où,
Dans la neige et la nuit sonne une espèce d’heure.
L’enfant dans son lit chaud comprend avec bonheur
Qu’il dort et que quelqu’un qui l’aime bien est là,
S’agite un peu, murmure vaguement, sort le bras,
Essaye de se réveiller et ne peut pas.

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