Beaucoup de chrétiens en exil pourraient faire une bien désagréable découverte à leur retour sur leur terre. Des milices armées font actuellement main basse sur des dizaines de demeures.08/04/14
Le phénomène de l’exode des chrétiens revêt une importance particulière en Irak. Sa proximité avec la Syrie génère de graves inquiétudes parmi les chrétiens, “otages” de fait des violents conflits opposant sunnites et chiites dans leur propre pays (cf Aleteia).
Mgr Sako, Patriarche de Babylone, estime à 400 000 le nombre de chrétiens présents sur le territoire irakien, contre plus d’un million avant l’invasion des États-Unis en 2003. Aujourd’hui, de nouvelles conséquences découlent de cet exode, plus inattendues que la perte d’influence des chrétiens dans la sphère politique et culturelle irakienne. Désormais, les chrétiens en exil, profondément impatients de retrouver leur terre, risquent la mauvaise surprise de perdre la propriété des maisons qu’ils ont été contraints de quitter.
En effet, L’Orient Le Jour rapporte que des gangs armés se sont emparés de maisons par dizaines à Bagdad, après la fuite de leurs propriétaires, en grande majorité chrétiens. Ces phénomènes touchent bien plus facilement les chrétiens car, contrairement à bon nombre de musulmans en Irak, ils ne bénéficient pas du même système de protection tribale.
Ces derniers se trouvent alors sans recours, face à un État incapable de protéger leur droit de propriété. Les gangs armés en question seraient, d’après les personnes qui se sont saisies des maisons, affiliés à l’Armée du mahdi et à Asaib Ahel el-Haq. Néanmoins, Moqtada Sadr, qui fut des années chef de l’Armée du mahdi, a nié l’intégralité des faits.
« Nous avons recensé des dizaines de cas de personnes qui ont vu leur maison saisie», a affirmé à L’Orient le Jour William Warda, directeur de l'organisation Hammourabi pour les droits de l'homme en Irak, qui défend les droits des minorités dans le pays. « La plupart d'entre elles ont peur de porter plainte devant le gouvernement (…) Elles craignent en effet d'être kidnappées si elles engagent une action en justice ».
William Warda relate en outre le fait que ces annexions se transforment même parfois en expropriations. Les milices s’approprient les demeures de façon «légale» en les rachetant à très bas prix à leur propriétaire, qui cèdent sous la pression et la crainte de les voir saisies de force.